Afrique de l’Ouest: les trois pays de l’AES divorcent avec la CPI au nom de la souveraineté sahélienne

0
27

Dans un geste fort aux relents géopolitiques, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé leur retrait conjoint de la Cour pénale internationale (CPI), qu’ils dénoncent comme un « instrument de répression néocoloniale ». Ce désengagement, orchestré dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES), marque un tournant dans la posture diplomatique de ces régimes militaires en rupture avec l’ordre international traditionnel.

C’est une décision qui résonne comme un défi à la communauté internationale. Le lundi 23 septembre, les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) Burkina Faso, Mali et Niger ont annoncé, dans une déclaration conjointe, leur retrait immédiat de la Cour pénale internationale (CPI). Motif invoqué : l’institution de La Haye serait un « outil de domination néocoloniale », biaisée au détriment des États africains et sourde aux réalités géopolitiques régionales.
« La CPI n’a jamais poursuivi un chef d’État occidental pour crimes de guerre. Elle ne sert que les intérêts des puissances dominantes », a déclaré un officiel malien sous couvert d’anonymat.

Créée en 2002 pour juger les crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocides, la CPI a été à plusieurs reprises accusée par certains pays africains de cibler de manière disproportionnée les dirigeants africains. Si plusieurs pays ont déjà menacé de s’en retirer, peu ont franchi le pas. L’AES devient ainsi la première entité régionale à organiser un retrait coordonné, renforçant son discours d’émancipation politique et institutionnelle face aux anciennes puissances coloniales et à l’Occident.

Ce retrait s’inscrit dans une stratégie plus large de rupture diplomatique menée par les juntes militaires au pouvoir depuis les coups d’État successifs (Mali en 2020, Burkina en 2022, Niger en 2023). Ces régimes rejettent ouvertement l’influence occidentale, notamment française, et opèrent un pivot vers de nouveaux partenaires stratégiques comme la Russie ou la Turquie.

L’Alliance des États du Sahel, fondée en septembre 2023, ne se contente plus d’unir militairement ses membres face aux groupes jihadistes. Elle se pose désormais comme un bloc géopolitique alternatif, contestataire des institutions internationales traditionnelles. En se retirant de la CPI, les trois États affirment vouloir créer des mécanismes de justice endogènes, adaptés à leurs réalités culturelles et sécuritaires.

Cette décision pourrait aussi anticiper des poursuites potentielles pour exactions commises par les forces de sécurité dans le cadre de la lutte antiterroriste un terrain glissant sur lequel la CPI s’est déjà penchée, notamment au Mali.

Du côté des organisations de défense des droits humains, l’inquiétude est palpable. Human Rights Watch ou Amnesty International dénoncent une « dérive autoritaire » et un « recul majeur pour les victimes de crimes de guerre ». L’Union européenne, de son côté, pourrait revoir ses relations avec l’AES à la lumière de cette rupture avec l’ordre international.

Mais pour les dirigeants de l’AES, le message est clair : le Sahel veut parler d’égal à égal sur la scène internationale, loin des tutelles héritées du passé.

Jean-Trésor NTUMBA

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici