Tshisekedi à l’ONU : Plaidoyer pour la Paix, Reconnaissance de la Genecost et Réveil des Consciences Internationales

0
18

À la tribune de la 80ème Assemblée générale des Nations Unies ce Mardi 23 Septembre 2025, le président congolais Félix Tshisekedi a livré un discours saisissant, mêlant dénonciation lucide et appel à l’action mondiale. En repositionnant la crise sécuritaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) comme un test de leadership global, et en évoquant la reconnaissance du concept émergent de Genecost, il a redéfini les contours de la diplomatie africaine sur la scène internationale.

Depuis trois décennies, l’Est de la RDC est l’épicentre d’un chaos silencieux : groupes armés, ingérences étrangères, exploitation illicite des ressources et effondrement de l’État. Face à cette instabilité persistante, Félix Tshisekedi a interpellé la communauté internationale, dressant le constat d’un échec collectif malgré les multiples tentatives de médiation menées par les présidents américains successifs. C’est dans ce contexte qu’il a lancé, non sans provocation mesurée, une invitation à Donald Trump, en ces termes : « Si Donald Trump y parvient, je serai le premier à proposer sa candidature au Prix Nobel de la Paix. » Une sortie calculée, conçue pour catalyser une prise de conscience stratégique de la part des grandes puissances.

Au-delà de l’anecdote, cette déclaration s’inscrit dans une stratégie plus large : faire de la paix dans la région des Grands Lacs un véritable baromètre de la volonté politique internationale. En liant la résolution du conflit congolais à la crédibilité des puissances occidentales notamment les États-Unis Tshisekedi inverse la dynamique traditionnelle Nord-Sud. La RDC n’est plus simplement un terrain d’intervention humanitaire, mais un révélateur des incohérences géopolitiques mondiales. C’est un appel à un nouveau multilatéralisme fondé non sur l’ingérence, mais sur la responsabilité partagée.

Dans une partie plus subtile mais profondément symbolique de son discours, le chef de l’État congolais a fait référence à la nécessité de reconnaître la Genecost un néologisme désignant le génocide économique, social et territorial que subit la RDC. Ce concept, encore absent des conventions internationales, désigne une destruction à bas bruit, sans machettes ni camps de concentration, mais par l’épuisement des populations, le pillage des ressources, la désintégration des structures sociales et l’inertie internationale. Tshisekedi a ainsi plaidé pour une nouvelle lecture des violences en RDC : au-delà des chiffres, il s’agit d’un écocide humain et institutionnel qui mérite une réponse politique forte.

Avec ce discours, le président congolais a franchi un cap : celui du leadership assumé sur les questions africaines. En refusant la posture victimaire et en formulant une véritable doctrine diplomatique, Tshisekedi offre à la RDC un rôle d’acteur et non plus de spectateur de son destin. Il s’inscrit dans la lignée d’un panafricanisme pragmatique, celui qui ne se contente pas de condamner l’histoire, mais qui exige des réparations concrètes, des engagements sécuritaires durables, et une réforme de la gouvernance globale. C’est une diplomatie de rupture, mais aussi de construction.

Ce plaidoyer ne vise pas seulement l’ONU ou les États-Unis. Il interpelle l’ensemble des partenaires bilatéraux de la RDC, qu’ils soient africains, européens ou asiatiques. Tshisekedi leur demande de sortir de la logique transactionnelle pour entrer dans une logique transformationnelle. Que valent les promesses de coopération si elles s’accompagnent du silence face aux massacres ? Que valent les partenariats économiques si les minerais congolais continuent d’alimenter des conflits ? En filigrane, c’est une réforme profonde des mécanismes multilatéraux qu’il appelle de ses vœux plus justes, plus transparents, et enfin centrés sur les peuples.

Jean Trésor NTUMBA

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici