La reprise des travaux parlementaires, censée marquer un retour à la normalité institutionnelle, s’est transformée en véritable épreuve de force ce lundi. Dès les premières heures de la matinée, journalistes, assistants parlementaires, membres de la société civile et représentants d’ONG, pourtant dûment accrédités, ont été bloqués aux abords du Palais du Peuple et du Palais Bourbon. Certains ont même dénoncé des bousculades, des contrôles humiliants et un usage disproportionné de la force par les agents de sécurité.
Ce filtrage sévère, sans communication claire, a aussitôt provoqué une levée de boucliers. Plusieurs parlementaires ont exprimé leur indignation, dénonçant une dérive autoritaire et une volonté manifeste d’entraver l’accès à l’information et à la transparence. Dans une déclaration conjointe, des membres de l’opposition ont parlé d’un “climat de peur” instauré autour des institutions.
Les responsables de la sécurité invoquent quant à eux des “instructions venues d’en haut” pour “prévenir toute perturbation”. Une justification qui, loin de calmer les esprits, a accentué les critiques à l’encontre du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe.
Déjà fragilisé par des accusations récurrentes de mauvaise gouvernance et de clientélisme, Vital Kamerhe voit son nom de nouveau associé à une série de polémiques. Depuis plusieurs semaines, des pétitions circulent en ligne et dans les milieux politiques pour exiger sa démission. Ces pétitions pointent :
Un manque de transparence dans la gestion administrative et financière de l’Assemblée nationale ;
Des nominations jugées partisanes au sein du cabinet et de l’administration parlementaire ;
Une volonté de verrouiller le débat démocratique, à travers une présidence jugée autoritaire et peu ouverte à la contradiction ;
La gestion sécuritaire de la rentrée, assimilée à une stratégie de dissuasion vis-à-vis de la presse et de la société civile.
Ces griefs s’ajoutent aux critiques plus anciennes liées à son passé judiciaire, certains rappelant sa condamnation en 2020 dans une affaire de détournement de fonds publics une affaire pour laquelle il a depuis été réhabilité, mais qui continue de nourrir la méfiance.
Dans les couloirs de l’Assemblée, des voix commencent à s’élever pour réclamer une session extraordinaire autour de la gouvernance de la Chambre basse. Plusieurs élus estiment que « le malaise est profond » et qu’il est temps d’ouvrir un débat sur le fonctionnement interne de l’institution.
De leur côté, des membres de la majorité présidentielle défendent Kamerhe, accusant l’opposition d’instrumentaliser les incidents pour fragiliser la cohésion gouvernementale à l’approche de prochains scrutins locaux et provinciaux.
Au-delà de la personne de Vital Kamerhe, c’est toute la relation entre les institutions, les citoyens et les corps intermédiaires qui semble aujourd’hui en crise. La scène de journalistes repoussés par des forces de l’ordre devant l’Assemblée nationale, temple du débat démocratique, agit comme un symbole : celui d’un fossé qui se creuse entre gouvernants et gouvernés, et d’un pouvoir législatif qui, au lieu de s’ouvrir, semble se bunkeriser.
Jean-Trésor NTUMBA









