A la veille de l’ouverture de la session budgétaire de septembre, à qui profite la déstabilisation du Parlement de la RDC ?

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Dans moins de deux semaines, les deux chambres du Parlement de la République Démocratique du Congo vont démarrer officiellement la session ordinaire de septembre, qui sera essentiellement consacrée à l’examen et au vote de la loi des Finances de l’État, pour l’exercice 2026. Mais à la veille de la cérémonie d’ouverture, prévue le 15 septembre 2025, l’on note une certaine agitation au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat, où il est fait état de la circulation des pétitions signées par certains parlementaires, contre les deux Speakers de deux chambres parlementaires, à savoir, Vital Kamerhe (Assemblée nationale) et Sama Lukonde (Sénat ) ainsi que contre certains membres de leurs bureaux respectifs. A l’origine de cette grogne, la misère sociale dans laquelle vivent les députés nationaux et les sénateurs ainsi que les membres des cabinets politiques et autres. Une situation causée par la réduction drastique de la dotation réservée aux deux chambres parlementaires.

Assemblée nationale: Vital Kamerhe et 4 autres membres du Bureau ciblés, tandis que Mboso et Tshilumbayi épargnés

Initiée par le député national Crispin Mbindule (PCA du Cadastre Minier, CAMI), cette motion de destitution en gestation vise le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, le Rapporteur Jacques Djoli, la Questeuse, Chimène Polipoli Lunda, la Questeuse adjointe, Grâce Neema Paininye, ainsi que la Rapporteuse adjointe, Dominique Munongo Inamizi.
Mais curieusement, deux autres membres du Bureau (le 1er Vice-président Jean-Claude Tshilumbayi et le 2ème Vice-président Christophe Mboso) sont eux épargnés par les pétitionnaires.
Comme on le voit, cette initiative n’a rien à voir avec la mauvaise gestion des finances de l’Assemblée nationale par le président Vital Kamerhe. Il s’agit bel et bien d’une action qui cache mal des intérêts obscurs et des acteurs tapis dans l’ombre, qui semblent mus par des ambitions personnelles démesurées dictées par la logique de « Ôtes-toi de là que je m’y mette ! »

La cible principale, c’est donc le Speaker de la Chambre basse du Parlement, Vital Kamerhe, que certains, au sein de la Mouvance Présidentielle, n’ont toujours pas digéré sa présence au perchoir. Et pour que l’on ne crie pas à l’acharnement contre sa personne, il fallait donc impliquer d’autres membres du bureau. Pour vous en convaincre, comment peut-on chercher à faire tomber par exemple le Rapporteur de l’Assemblée nationale, Jacques Djoli Eseng’Ekeli, dans une action concernant la gestion des finances de l’institution, lui qui ne s’occupe que de la communication et de l’organisation des séances plénières de l’Assemblée nationale ? Et pourtant, ce dernier est félicité même par ses collègues du bureau pour le grand travail qu’il abat au sein de l’Assemblée nationale.

Et si vraiment, Crispin Mbindule et ses amis pétitionnaires étaient motivés par la défense du social des députés et du personnel politique et administratif de l’Assemblée nationale, ils auraient également ciblé en priorité le 2ème Vice-président Christophe Mboso, qui s’occupe exactement des questions sociales dans cette institution. Et surtout que les difficultés financières que rencontre actuellement cette chambre législative sont dues notamment à la gabegie financière qui avait caractérisé la gestion de cet ancien Président du Bureau permanent et du bureau d’âge de l’Assemblée nationale, avant l’avènement de l’actuel bureau.

Senat : une pétition contre Sama Lukonde et certains membres du bureau

A la chambre basse du Parlement, on signale également une fronde silencieuse visant le Bureau dirigé par Jean-Michel Sama Lukonde.
Selon plusieurs sources internes, une cinquantaine de sénateurs auraient déjà signé une pétition dénonçant la gestion actuelle de l’institution. Parmi les griefs évoqués figurent la dégradation des conditions de travail, le non-respect de certains avantages, notamment en matière de prise en charge médicale.
La pétition, encore tenue confidentielle, devrait être rendue publique dès l’ouverture de la session de septembre.
Grosso modo, ce sont des problèmes d’ordre social qui seraient également à l’origine des remues ménages qui pourraient survenir dans les prochains jours au Sénat. Et comme à l’Assemblée nationale, plusieurs analystes soupçonnent les pétitionnaires de vouloir écarter Sama Lukonde du perchoir pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les problèmes sociaux dont font face les Sénateurs.

Des pétitions inorportunes et à haut risque pour la session budgétaire de septembre

Pour beaucoup d’analystes, ce plan de déstabilisation des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, montés par certains sociétaires de l’Union Sacrée, tapis dans l’ombre, pourrait entraîner des conséquences néfastes, tant pour le vote du budget de l’exercice 2026 que pour la stabilité des institutions républicaines.
Pour comprendre l’importance de cette crise, il faut rappeler le rôle crucial du Bureau de l’Assemblée nationale et celui du Sénat, qui dirigent les débats et organise les travaux parlementaires.

La session de septembre 2025 est normalement consacrée au budget de l’État 2026, un exercice crucial pour le fonctionnement du pays. Mais cette crise risque de tout compromettre, d’autant plus que les parlementaires congolais passeraient leur temps à se quereller sur la mise en place des nouveaux bureaux (si par malheur ce projet funeste était mis à exécution) qu’à examiner le projet du nouveau budget de l’État. Et la RDC ne peut se permettre de fonctionner sans budget.
Donc, sans le savoir, les commanditaires contre les bureaux Kamerhe et Sama Lukonde, pourraient plonger le pays dans le chaos institutionnel et financier.

Par ailleurs, cette déstabilisation n’est pas une simple crise politique parmi d’autres. Elle représente une menace existentielle pour les institutions démocratiques de la RDC, déjà fragilisées par des années de conflit et de mauvaise gouvernance. Comment peut-on, pendant que le pays est agressé par le Rwanda, appuyé par certains congolais, que l’on se permette d’ouvrir un autre front dans les institutions de la République ?

Qu’on les aime ou pas, Vital Kamerhe et Sama Lukonde, incarnent aujourd’hui une légitimité institutionnelle qui ne peut être sacrifiée sur l’autel des ambitions personnelles de quelques éternels insatisfaits.
Leur éviction risquerait d’ouvrir une boîte de Pandore de crises institutionnelles à répétition, où chaque changement majoritaire entraînerait une recomposition complète des instances dirigeantes du Parlement.

En plus, étant originaires de la partie orientale du pays, une éventuelle éviction de Vital Kamerhe et Sama Lukonde conforterait la thèse de ceux qui accusent le régime du président Tshisekedi de faire la chasse aux Swahiliphones et élargir, ipso facto, la fracture sociale et géopolitico-linguistique en RDC.

Enfin, les analystes alertent unanimement que la crise en gestion dans les deux chambres du Parlement ne va pas seulement les personnes ciblées (Vital Kamerhe, Sama Lukonde, Jacques Djoli et les autres), elle est également susceptible d’ouvrir des multiples fronts internes au sein de la majorité présidentielle.
Cette guerre intestine révèle les failles béantes d’une Union Sacrée pour la Nation qui semble n’avoir de sacré que le nom. Le démon de la division pourrait bientôt faire éclater cette coalition et fragiliser considérablement le Président Félix Tshisekedi. Ce dernier est donc appelé à siffler la fin de cette récréation dangereuse pour la stabilité d’un pays en guerre.

Xavier Mpoyi, Correspondance particulièr

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