Tribune | Accords de Doha et de Washington : la RDC a-t-elle négocié en État souverain ? Par Jonal El Kamar, cadre de l’Alliance pour le Changement (A.Ch) – Fédération France

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Présentés comme des étapes déterminantes vers la désescalade du conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo, les accords de Doha et de Washington suscitent aujourd’hui davantage d’interrogations que d’espoir. À l’épreuve des faits, ces textes peinent à produire des effets tangibles sur le terrain, où les violences se poursuivent et où les populations civiles continuent de payer un lourd tribut.

Alors que la diplomatie internationale salue ces initiatives comme des avancées majeures, la situation sécuritaire dans les provinces orientales de la RDC demeure alarmante. Des localités sont régulièrement vidées de leurs habitants, les déplacements forcés se comptent par millions et les violations graves des droits humains persistent.

Pour les populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, ces accords restent, pour l’heure, largement théoriques.
Cette réalité impose une interrogation de fond : la RDC a-t-elle négocié ces accords en position de force, ou sous la contrainte d’un rapport de forces défavorable ?

Autrement dit, s’agissait-il d’une démarche pleinement souveraine ou d’un compromis imposé à un État confronté à une insécurité chronique et à une pression diplomatique constante ?

Malgré les engagements annoncés, les groupes armés demeurent actifs. L’AFC/M23 poursuit ses opérations. Le Rwanda, régulièrement mentionné dans les rapports des Nations unies, continue de contester toute implication directe. Dans le même temps, la communauté internationale apparaît hésitante à user de leviers contraignants, qu’il s’agisse de sanctions ciblées ou de mécanismes de redevabilité clairs.

Dès lors, la pertinence de ces accords interroge. Peut-on parler de processus de paix lorsque les violences persistent et que les garanties de mise en œuvre restent imprécises ? L’absence de calendriers contraignants, la faiblesse des mécanismes de suivi et la dilution des responsabilités nourrissent le sentiment d’une diplomatie plus préoccupée par la gestion du statu quo que par la recherche d’une solution durable.

Face à ces limites, des acteurs congolais plaident pour une approche complémentaire, voire alternative. L’opposition politique non armée, aux côtés de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), appelle à l’organisation d’un dialogue national inclusif. L’objectif : créer un cadre interne de concertation capable d’aborder, sans tabou, les causes profondes de la crise sécuritaire et institutionnelle.

Contrairement à certaines critiques, le dialogue ne saurait être assimilé à une capitulation. Il peut constituer un instrument de responsabilité politique, à condition qu’il soit inclusif, sincère et orienté vers des réformes structurelles. Lorsque les solutions principalement externes montrent leurs limites, l’appropriation nationale devient un impératif.

Si les accords de Doha et de Washington ne parviennent pas à enrayer la spirale de la violence, il devient nécessaire d’en tirer les leçons. Persister dans des mécanismes inefficaces risque d’aggraver la crise humanitaire et de fragiliser davantage la cohésion nationale.
Plus largement, plusieurs questions demeurent en suspens :

Pourquoi les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies continuent-elles d’être violées sans conséquences dissuasives ?

Pourquoi l’Union africaine peine-t-elle à jouer un rôle plus affirmé face à l’une des crises les plus graves du continent ?
Quelle crédibilité accorder à une architecture de paix qui ne protège pas les civils ?

C’est dans ce contexte que l’Alliance pour le Changement (A.Ch), formation politique de l’opposition non armée, défend l’option d’un dialogue national inclusif comme levier de sortie de crise. Une démarche qui vise à restaurer la confiance entre les Congolais et à poser les bases d’une paix durable, fondée sur la souveraineté, la justice et la responsabilité collective.

La paix en RDC ne saurait être uniquement le produit d’accords négociés à l’extérieur. Elle exige une volonté politique interne forte, un engagement régional crédible et une communauté internationale cohérente dans ses principes comme dans ses actes.

Le peuple congolais aspire à autre chose qu’à des textes sans effets immédiats. Il attend des résultats concrets, à la hauteur des souffrances endurées et des enjeux de stabilité régionale.

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