« Quand l’amalgame devient méthode : dérive autoritaire et instrumentalisation de la justice en RDC ». Par Maître Guy-Patrick Kiba Typo, Défenseur des droits humains

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L’affaire Nathanaël Onokomba révèle une dérive inquiétante au cœur de l’État congolais : la transformation progressive d’organes administratifs en tribunaux d’exception, en violation flagrante de la Constitution, et l’usage de l’appareil judiciaire comme instrument de répression politique. Ce qui se joue ici dépasse le cas d’un individu. C’est la crédibilité même de l’État de droit qui vacille.

I. Encore un civil devant une juridiction militaire : une anomalie devenue pratique

La Constitution congolaise est pourtant sans ambiguïté :

  • Les tribunaux d’exception sont interdits.
  • Les civils doivent être jugés par des juridictions civiles.

Malgré cela, un activiste civil se retrouve incarcéré à la prison militaire de Ndolo, sous des accusations habituellement réservées aux conflits armés : terrorisme, crimes contre l’humanité, génocide.

Aucun élément matériel, aucun contexte factuel ne justifie de telles qualifications.
L’amalgame devient alors un outil politique : on gonfle artificiellement les charges pour intimider, dissuader, neutraliser.

II. Le Conseil National de Cyberdéfense : d’organe administratif à “parquet bis”

Le Conseil National de Cyberdéfense (CNC), créé pour protéger l’espace numérique, s’est mué en structure quasi-judiciaire, transmettant des dossiers, initiant des poursuites, orientant des arrestations.

Or, un tel organe n’a aucune base constitutionnelle pour exercer des fonctions judiciaires.
Il ne répond à aucun des critères d’indépendance, d’impartialité ou de compétence exigés d’un parquet.

Ce glissement institutionnel est grave :

  • Il contourne les garanties du procès équitable.
  • Il crée un système parallèle, opaque, incontrôlé.
  • Il ouvre la voie à toutes les dérives, car un organe administratif ne peut devenir juge sans violer la Constitution.

III. Une criminalisation de la dissidence politique

L’usage de qualifications pénales extrêmes contre un opposant qui n’a jamais participé à un conflit armé relève d’une logique claire :
faire peur, faire taire, faire plier.
On ne cherche plus à établir des faits, mais à fabriquer un ennemi intérieur.
On ne cherche plus à appliquer le droit, mais à punir l’insoumission.
Cette stratégie repose sur trois mécanismes :

  • L’amalgame : confondre critique politique et terrorisme.
  • La disproportion : utiliser les crimes les plus graves pour justifier l’arbitraire.
  • La dissuasion : envoyer un message à toute une génération : « Parlez, et vous serez broyés. »

IV. Quand la justice militaire devient un bras armé du pouvoir

La justice militaire, censée être une institution d’exception strictement encadrée, se retrouve instrumentalisée pour régler des comptes politiques.
Elle obéit non plus au droit, mais aux injonctions d’un pouvoir qui confond opposition et menace.
Cette dérive est dangereuse pour tous :

  • Elle détruit la confiance dans les institutions.
  • Elle fragilise la démocratie.
  • Elle installe un climat de peur incompatible avec la liberté d’expression.

V. Un pays ne se construit pas sur la peur

La RDC a besoin d’institutions fortes, crédibles, respectueuses de la Constitution.
Pas d’organes hybrides transformés en tribunaux clandestins.
Pas de prisons militaires pour les civils.
Pas d’accusations fantaisistes pour étouffer la critique.
Dénoncer ces dérives n’est pas un acte partisan. C’est un acte citoyen.
C’est rappeler que la loi n’est pas une arme, et que la justice n’est pas un champ de bataille politique.

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