Le 22 septembre 2025, Vital Kamerhe a rendu son tablier. Sa démission de la présidence de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo clôt un acte précipité, presque théâtral. Une sortie par la petite porte qui lui évite l’affront d’une destitution, mais ne dissimule en rien la brutalité de l’instant politique. Car derrière les pétitions, les griefs sur la gestion ou les incantations à la transparence, se profile une manœuvre d’une autre ampleur : celle d’un pouvoir exécutif lâchant la laisse à un allié devenu trop encombrant.
Kamerhe n’est pas un compagnon de route ordinaire. Il est, dans l’imaginaire politique congolais, le faiseur de roi. L’architecte de l’accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême en 2018, dans le cadre d’un accord dont les clauses restent mystérieuses, mais dont l’esprit était limpide : une alternance négociée, une présidence en partie partagée, une succession promise. Cette promesse, aujourd’hui, semble s’être évaporée dans les arcanes du Palais de la Nation, reléguée au rang de vestige d’une époque révolue, sacrifiée sur l’autel de la realpolitik et des ambitions personnelles d’un président dont l’appétit de prolongation ne fait plus mystère.
La démission survient dans un contexte de tension larvée au sein de la majorité dite d’Union sacrée. Les pétitionnaires, en majorité issus de l’UDPS, pointent un défaut d’« alignement » du président de l’Assemblée sur les priorités du pouvoir, évoquant une gestion opaque des fonds parlementaires – des accusations qui, à y regarder de près, semblent parfois s’éloigner des strictes prérogatives de la fonction. Mais ne nous y trompons pas : au-delà du prétexte technique, c’est une guerre d’influence qui se joue. En tenant le perchoir, Kamerhe incarnait un contre-pouvoir latent, la mémoire vive des pactes fondateurs, une figure capable de rappeler ses engagements à un Tshisekedi désireux de s’en affranchir.
En se retirant « pour permettre à l’institution de se concentrer sur l’essentiel », Kamerhe endosse la posture du dignitaire qui se sacrifie pour apaiser les tensions. Une dignité de circonstance, celle du gladiateur qui quitte l’arène de son propre chef, évitant de justesse le coup de grâce. L’humiliation est esquivée, certes, mais l’effacement, lui, est consommé. Et cet effacement est éminemment politique. Stratégique. Froidement calculé.
Reste la question centrale, celle de la parole donnée. Tshisekedi peut-il encore se prévaloir d’incarner un renouveau démocratique s’il s’assoit sur les accords qui ont fondé sa légitimité ? Que vaut le discours de refondation institutionnelle lorsque les alliances ne sont que des coquilles vides, brisées au gré des convenances électoralistes ? Et, surtout, que reste-t-il de l’Union sacrée lorsque ses piliers sont méthodiquement démontés ?
Vital Kamerhe n’est pas une figure angélique. Son parcours est semé d’embûches judiciaires et de réhabilitations controversées. Mais il devient, par la force des choses, le symbole d’une promesse trahie. Sa chute, qu’elle ait été orchestrée ou simplement précipitée, révèle les fissures d’un système où la loyauté n’est qu’une monnaie d’échange et la mémoire des pactes, singulièrement courte.
La RDC entre dans une séquence politique décisive. Celle où les ambitions se libèrent des entraves du passé. Mais à quel prix ? Celui de la confiance brisée, de l’allié sacrifié sur l’autel de l’opportunisme, et, peut-être, à terme, celui d’une stabilité institutionnelle durablement compromise.









