En déposant une proposition de loi visant à interdire l’intégration automatique des anciens chefs de rébellions dans les institutions publiques, notamment les services de sécurité, l’honorable Trésor Lutala Mutuki, député national élu de Mwenga (Sud-Kivu), frappe un grand coup. Une initiative qui entend rompre avec deux décennies de compromis politiques opaques, souvent perçus comme une prime à l’insurrection.
C’est une ligne rouge que l’on croyait imprononçable dans le débat politique congolais. Ce lundi 22 septembre 2025, l’honorable Trésor Lutala Mutuki a déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi aussi inédite qu’attendue : interdire l’accès automatique des anciens chefs de mouvements armés aux institutions de l’État, en particulier dans les secteurs sensibles comme l’armée, la police et les services de renseignement.
Un texte qui s’attaque frontalement à une pratique bien ancrée depuis les années 2000 : intégrer les anciens rebelles au sein des structures régaliennes, souvent sans procès, sans enquête de moralité ni réelle réhabilitation. Pour le député de Mwenga, cette logique dite de « pacification par intégration » a surtout contribué à miner l’autorité de l’État, à légitimer l’insubordination armée, et à désorienter la population.
« Il ne s’agit pas de condamner, mais de responsabiliser. On ne bâtit pas une nation solide sur des fondations d’impunité », martèle Trésor Lutala, visiblement déterminé à refermer une page douloureuse de l’histoire institutionnelle congolaise.
Le texte propose une série de garde-fous stricts : toute personne ayant dirigé un mouvement armé devra obligatoirement passer par un processus judiciaire, être jugée, réhabilitée, et reconnue formellement apte à servir l’État avant d’accéder à un poste public, surtout dans les sphères stratégiques. Une exigence de moralité publique assumée, loin des arrangements politiques souvent menés dans l’opacité.
En ligne de mire : les nominations « à la kalachnikov », obtenues à coups d’accords de paix négociés en marge de la Constitution, qui ont permis à certains chefs de guerre de se retrouver généraux ou ministres… sans jamais avoir été inquiétés pour leurs actes.
La proposition de loi a d’ores et déjà reçu un écho favorable de la part de certaines ONG, d’acteurs de la société civile et de défenseurs des droits humains. Pour eux, ce texte marque une rupture salutaire avec une culture de l’impunité érigée en système.
Mais l’initiative risque aussi de déclencher des tensions au sein de la classe politique. De nombreux anciens chefs rebelles siègent aujourd’hui dans les hautes sphères de l’État, parfois à des postes clés. L’adoption d’un tel texte pourrait donc provoquer une onde de choc, voire reconfigurer certains équilibres de pouvoir.
« On ne peut pas construire un État fort avec ceux qui ont choisi de l’affaiblir », lâche, sans détour, l’auteur de la proposition.
Dans un pays où les rébellions ont souvent servi de tremplin vers le pouvoir, cette loi pourrait constituer un tournant historique. Une manière pour la République démocratique du Congo de réaffirmer l’autorité de l’État, la primauté du droit, et la nécessité d’une mémoire collective exigeante.
Reste à savoir si le Parlement aura le courage politique de briser une habitude devenue norme, ou si les vieux réflexes de compromis et de calculs électoraux continueront à primer sur l’intérêt général.
Jean Trésor Ntumba









