Le président Félix Tshisekedi a réagi à la démission surprise de Vital Kamerhe avec un ton froid, mesuré, mais lourd de sens. Derrière les mots, c’est une page de l’histoire politique congolaise récente qui semble se tourner, sans fracas, mais avec frisson. L’amitié et la fraternité affichées hier ont laissé place à une distance maîtrisée. Que cache ce silence poli ?
C’était un discours attendu. Mais au lieu de l’empathie ou de la nostalgie, c’est une déclaration quasi-clinique que Félix Tshisekedi a livrée à propos de la démission de son ex-directeur de cabinet, Vital Kamerhe. Aucune envolée lyrique, aucun mot fort. Juste un constat, sec : « Il a pris sa décision, je la respecte. »
Pour les observateurs attentifs de la scène politique congolaise, ce n’est pas un simple changement de ton, c’est le signal clair d’une rupture déjà entérinée. Le lien personnel, tissé depuis l’accord de Nairobi en 2018, semble aujourd’hui rompu, ou tout au moins relégué au second plan derrière les impératifs de pouvoir.
Vital Kamerhe, longtemps considéré comme l’allié-clé dans l’ascension de Tshisekedi au sommet de l’État, paie-t-il le prix de ses ambitions présidentielles affichées ? Ou celui de ses démêlés judiciaires passés qui continuent d’alimenter la méfiance au sommet ? Rien ne filtre officiellement, mais tout se devine dans les interstices du discours présidentiel.
« L’amitié et la fraternité ne se déclarent pas, elles se constatent », souffle un analyste politique à Kinshasa. Une maxime qui résonne comme un jugement implicite sur une relation dont l’équilibre s’est effrité avec le temps.
Le fameux accord de Nairobi, signé à la veille des élections de 2018 entre l’UNC de Kamerhe et l’UDPS de Tshisekedi, prévoyait une alternance politique, ou du moins un partage du pouvoir à l’horizon 2028. Mais avec cette distance affichée, ce pacte n’est-il pas devenu caduc, vidé de sa substance par les réalités du pouvoir ?
Deux questions restent en suspens :
- Qu’est-il réellement advenu de la relation entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ?
- L’accord de Nairobi est-il encore un texte politique vivant ou un simple vestige d’une alliance de circonstances ?
Jean Trésor NTUMBA






