À l’occasion de la journée de Genocost, commémorée le samedi 2 août 2025 à Kinshasa, l’opposant congolais Alain Bolodjwa Ibola a vigoureusement dénoncé la récupération politique de cette commémoration par certains responsables. Devant une société civile rassemblée pour l’événement, il a lancé un appel fort en faveur d’une mémoire nationale inclusive et d’une véritable justice pour les victimes des génocides perpétrés en RDC à des fins économiques.
Organisée par la Congolese Action Youth Platform (CAYP) et des mouvements citoyens, cette journée vise à rappeler les souffrances endurées par le peuple congolais. Mais pour Alain Bolodjwa, également initiateur du parti politique Levons-nous et Bâtissons (LeBat), l’esprit de cette initiative est aujourd’hui menacé.
« Aujourd’hui, certains de nos dirigeants tentent de dénaturer votre combat. Le Genocost est devenu pour eux une opportunité politique, un tremplin pour des intérêts égoïstes. Ils organisent des cérémonies, mais oublient l’essentiel : l’existence même de votre lutte », a-t-il déclaré, saluant au passage le rôle crucial de la société civile dans la reconnaissance du terme Genocost.
Pour une mémoire complète des atrocités
Dans son intervention, Alain Bolondjwa a appelé à ne pas réduire la mémoire nationale au seul déclenchement de la Deuxième Guerre du Congo (1998). Il a rappelé qu’un rapport datant de 1904 évoquait déjà un génocide ayant décimé près de la moitié de la population congolaise sous l’administration coloniale belge.
Selon lui, les épisodes sombres de l’histoire congolaise – les guerres de 1996 à 2003, les tueries de 1993, ou encore les crimes coloniaux – doivent impérativement faire partie intégrante de la mémoire collective.
Il accuse également certaines initiatives politiques de réduire le débat à la question des violences sexuelles, tout en évitant de nommer explicitement les génocides. Ce qui, selon lui, affaiblit la portée des revendications portées par la société civile.
Interpellation directe du président Tshisekedi
Dans son discours, Alain Bolondjwa a également interpellé le Président Félix Tshisekedi, l’invitant à dépasser les simples déclarations symboliques pour poser des actes concrets :
« Pendant les massacres de 1993 à 2003, il n’était pas aux affaires. Mais aujourd’hui, il est Président. Pourquoi ne soutient-il pas le Rapport Mapping ? Ce document est un outil fondamental pour que justice soit rendue. »
Publié en 2010 par les Nations Unies, le Rapport Mapping recense 617 violations graves des droits humains et du droit international humanitaire commises en RDC, entre 1993 et 2003. Pour le Président national de LeBat, ce rapport constitue une base juridique essentielle pour engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes.
Une initiative citoyenne portée par la jeunesse congolaise
Lancée en 2013 à Londres par des jeunes Congolais regroupés au sein du CAYP, l’initiative Genocost milite pour la reconnaissance internationale du génocide congolais et l’officialisation du 2 août comme journée de mémoire.
Ce n’est qu’en 2022, dans un contexte de vives tensions avec le Rwanda et de résurgence du M23, que les autorités congolaises ont commencé à s’en emparer, en exigeant justice et réparation à travers le Rapport Mapping.
Mais pour Alain Bolodjwa, cette évolution demeure largement insuffisante si elle ne s’accompagne pas d’actions concrètes :
« Nous avons besoin de justice, pas seulement de commémorations politisées », a-t-il martelé.









