Je vous écris non par haine, ni par mépris, mais par devoir. Le devoir de dire ce que beaucoup ressentent en silence: les Congolais ont du mal à aimer un pays qui, chaque jour, semble oublier ses enfants.
Nous sommes nombreux, vieux, jeunes et moins jeunes, à rêver d’un Congo fort, uni, juste. Mais ce rêve s’effrite chaque fois que nous voyons nos talents ignorés, nos initiatives locales délaissées, pendant que vous investissez sans mesure dans des services étrangers, des consultants venus d’ailleurs, comme si rien de bon ne pouvait venir d’ici.
Vous dites vouloir promouvoir l’excellence, mais vous la cherchez là où elle n’a pas grandi. Vous réclamez l’unité nationale, mais vous piétinez la dignité de ceux que vous prétendez unir. Vous parlez d’amour pour le pays, mais vous traitez votre peuple comme un obstacle, jamais comme une richesse.
Comment construire le vivre ensemble, quand la confiance est brisée? Quand l’État ne répond pas présent dans les moments décisifs? Quand un jeune Congolais a plus de chances de réussir à l’étranger que dans son propre pays?
De nombreux jeunes vivant en Europe, en Amérique,… bénéficient de services essentiels tels que l’éducation, l’accès à l’emploi, aux soins de santé et à certaines aides sociales des droits auxquels ils n’ont jamais eu accès dans leur propre pays, alors même que celui-ci dispose de toutes les ressources nécessaires pour égaler les pays développés.
Aucun peuple ne peut se forcer à aimer un État qui l’a longtemps maltraité. Aucun enfant ne peut offrir son affection à un parent qui ne lui a donné ni écoute, ni respect, ni protection.
Pourtant, malgré tout, nous restons là. Nous espérons encore. Non pas parce que vous nous y obligez, mais parce que ce pays est le nôtre. Nous l’aimons, mais à condition qu’il nous aime en retour.
Le patriotisme ne se décrète pas à la télévision comme le demande parfois le citoyen ministre de la communication et porte-parole du gouvernement Muyaya. Il se construit dans les écoles bien équipées, dans les hôpitaux fonctionnels, dans la reconnaissance des artistes, des inventeurs, des enseignants, des agriculteurs. Il se forge dans une justice équitable, une gouvernance transparente, une égalité réelle des chances.
Ce peuple mérite mieux. Il mérite d’être choisi. Il mérite d’être écouté, valorisé, respecté.
Il n’est pas trop tard pour rebâtir ce lien entre vous et nous. Mais il faut des actes. Pas des promesses.
Nous attendons des dirigeants qui aiment ce pays autant que nous. Et qui, enfin, le prouvent.
Citoyen Bemba









